Le fait marquant de ce vendredi est sans conteste l’abandon de l’équipage de VULNERABLE. Thomas Ruyant, Ambrogio Beccaria, Morgan Lagravière, Manon Peyre et leur OBR Pierre Bouras, alors en deuxième position au coude à coude avec MACIF Santé Prévoyance de Sam Goodchild, ont été contraints de jeter l’éponge à la suite d’une avarie de pied de mât survenue la nuit dernière. Ils tentent en ce moment de rejoindre le port de Fraserburgh (Écosse), au moteur, après avoir sécurisé le mât. La Course des Caps – Boulogne-sur-Mer – Banque Populaire du Nord demeure néanmoins plus intense que jamais. En effet, bien que la flotte soit désormais étirée sur plus de 400 milles – avec un peloton principal s’étalant sur environ 250 milles – la dynamique pourrait bien évoluer dans les prochaines heures. La raison ? Des zones de molles commencent à ralentir les leaders, tandis que leurs poursuivants bénéficient de davantage de pression et d’un angle plus avantageux, de quoi relancer le suspense avant la dernière ligne droite et favoriser un resserrement des écarts. La tension devrait encore s’accentuer avec la succession d’obstacles qui jalonnent la mer du Nord entre le large d’East Anglia et le comté de Kent, puis le passage délicat du DST Calais, qui obligera les marins à multiplier les manœuvres avant l’arrivée à Boulogne-sur-Mer, prévue demain entre 13 et 16 heures pour les premiers.
Un abandon qui rebat les cartes en tête de flotte
L’équipage de VULNERABLE fait donc en route pour Fraserburgh, sous moteur pour atteindre le port en sécurité. Thomas Ruyant livre son ressenti sur cet abandon et raconte les événements avec précision : « On est tous très déçus de ce qui nous arrive. On faisait une belle course. Nous avions réalisé un très beau bord de portant à l’Ouest de l’Ecosse. C’était un peu dantesque et très engagé mais nous y avions pris beaucoup de plaisir. Sur la fin, ça tapait fort sur une mer courte et hachée. Le pied de mât a explosé. J’étais de quart avec Ambrogio. On a abattu très vite pour éviter que le mât ne tombe. C’était une situation très tendue. Le mât a avancé de 80 cm. Il est posé sur le pont. On a remis l’étai de J3 sur le bout dehors, pour basculer le mât vers l’avant et retendre les deux bastaques à l’arrière. C’est ce dispositif qui désormais tient l’espar, posé sur le pont ! Celui-ci est abimé, ainsi que le roof. Il faut nous mettre à l’abri, récupérer du gasoil au mouillage à Fraserburgh. On verra les solutions à la suite avec peut-être un gréement de fortune pour profiter du vent de nord dimanche pour ramener le bateau vers la France. »

@VULNERABLE / Pierre Bouras
Des marins mis à rude épreuve
Pendant ce temps, la flotte poursuit sa route à un rythme soutenu, malgré ce coup de théâtre qui a rebattu les cartes en tête. Julien Villion (Malizia – Seaexplorer) décrit des conditions particulièrement éprouvantes : « On a désormais entamé une remontée au près le long des côtes est des îles Britanniques, rapide mais pas très confortable. La mer est vraiment dégueulasse, hachée, et ça tape fort. On fait littéralement des bonds dans la bannette ! La limite, ce ne sont pas les bateaux, mais les bonhommes ! » Les vitesses restent élevées, souvent au-delà de 20 nœuds de moyenne, malgré un plan d’eau complètement désordonné. Marie Riou confirme l’exigence du moment : « Ça bombarde depuis le passage des Orcades. Le bateau marche bien. Le vent a forci, on a réduit la toile, mais ça avance toujours vite. La mer est effectivement devenue chaotique, avec un clapot court qui rend le repos presque impossible. » Dans ces conditions, l’accumulation de fatigue met à rude épreuve la résistance des marins, qui doivent rester concentrés pour maintenir un rythme soutenu.

@Holcim – PRB / Anne BEAUGE
Une dernière phase stratégique et décisive
Le schéma météo pourrait relancer la course : les leaders, menés par MACIF Santé commencent à ralentir dans des zones de molles au large de la côte d’East Anglia, tandis que leurs poursuivants bénéficient encore d’un vent stable et de trajectoires plus directes. « Avec ce scénario, il y a une chance de regroupement », confirme Marie Riou, même si elle reste prudente sur la possibilité de rattraper le groupe de tête. Ce secteur, jusqu’au au large du comté de Kent, concentre de nombreuses difficultés qui inquiètent particulièrement les marins : il regroupe un dense réseau de plateformes pétrolières, un trafic maritime intense, des bancs de sable, et également le plus grand parc éolien offshore du monde, couvrant une surface de 462 km². Julien Villion met en garde : « Le Sud-Est de l’Angleterre, c’est un vrai labyrinthe. Il faut anticiper de loin la trajectoire pour éviter de devoir virer brutalement ou abattre dans ces zones complexes. » À ces obstacles s’ajoute le contournement du DST Calais, également redouté, avec un vent annoncé à 20 à 25 nœuds et des rafales pouvant atteindre 30, avant de pouvoir enfin entamer le sprint final vers Boulogne-sur-Mer.
Comment suivre les arrivées ?
Demain, la tension sera à son comble avec l’arrivée des premiers concurrents, prévue à partir du début d’après-midi à Boulogne-sur-Mer, suivie par une succession de finishers jusqu’au milieu de la nuit et jusqu’à lundi pour New Europe. Un live exceptionnel sera diffusé sur Facebook et YouTube pour permettre de vivre les dernières heures de la course en direct. Le ponton sera réservé aux équipes et skippers samedi, avant de s’ouvrir au public dimanche. Dès samedi, le village de la course, quai des Paquebots, proposera animations, rencontres, concerts et une ambiance festive pour toutes et tous. Le week-end se conclura par la remise des prix dimanche à 11 heures sur la grande scène, un moment unique pour célébrer la performance et l’engagement des marins.

@Jean Louis Carli