Après une journée intense à jouer avec les courants et à chercher les zones de pression le long des côtes anglaises, la flotte des onze IMOCA de la Course des Caps – Boulogne-sur-Mer – Banque Populaire du Nord a vécu une soirée délicate, marquée par une zone de transition entre deux systèmes météo. Celle-ci a ralenti la progression sans créer les écarts que l’on pouvait redouter. Les concurrents naviguent désormais au près, avec l’archipel des Scilly derrière eux. Dans ce passage complexe, entre les nombreux DST à contourner et le passage d’un petit front froid, ils ont dû composer avec quelques heures de molle avant de retrouver un flux de nord-ouest qui se renforce progressivement. Ce vent leur permet de faire route vers le mythique phare du Fastnet, qu’ils devraient atteindre entre 5h et 6h demain matin. À noter la belle performance de l’équipage de VULNERABLE, mené par Thomas Ruyant, qui s’est adjugé le Sprint 2 – Trophée Mowi, couru entre la pointe sud-ouest du DST Calais et Bishop Rock.

@Charal / Marin Le Roux
Cap sur le Fastnet dans un vent toujours incertain
Si la situation météo générale reste stable depuis hier, sur l’eau, la réalité est bien plus complexe : au large des Scilly, la flotte évolue dans un flux de nord-ouest irrégulier, alternant accélérations et zones de calme. À la mi-journée, les IMOCA ont franchi l’archipel en respectant la marque obligatoire de Bishop Rock, une étape délicate qui les a contraints à raser les îles et les limites des différents DST, dans une navigation millimétrée. Cette zone s’est révélée particulièrement piègeuse, avec un ralentissement provoqué par une transition complexe liée au passage d’un petit front froid, mettant les nerfs des marins à rude épreuve. Comme le décrit Thomas Ruyant (VULNERABLE) : « Le ciel commence à se charger. On est dans des conditions de tout petit temps, avec de grosses rotations de vent. Il faut réajuster et analyser en permanence, car on n’avance pas forcément aux vitesses prévues par les routages. C’est une mise à jour constantede notre stratégie. »
Une remontée technique et pleine de subtilités
À présent sortis de cette zone délicate, les IMOCA progressent avec le vent dans le nez, cap sur le mythique phare irlandais du Fastnet qu’ils devraient atteindre demain matin, entre 5 et 6 heures. Entre basculessoudaines et variations de pression, la phase actuelle se révèle passionnante sur le plan tactique : chaque virement peut rapporter gros ou coûter cher. Julien Villion (Malizia – Seaexplorer) détaille :« Cette remontée s’annonce technique, avec pas mal de petits gains à aller chercher. Il faudra enchaîner quelques virements pour optimiser les bascules de vent, mais on devrait rester au près jusqu’au phare, voire un peu après, avec un probable ralentissement en approchant du Fastnet quand on accrochera la dorsale. » Xavier Macaire (TeamWork – Team Snef) confirme l’instabilité persistante : « C’est vraiment instable. On essaie d’exploiter au mieux tout ce que l’on peut. »

@Association Petits Princes Quéguiner / Romain Marie
Une flotte toujours aussi groupée, mais des écarts à venir
Malgré ces conditions délicates, le peloton des IMOCA demeure exceptionnellement dense, avec moins de 25 milles d’écart entre le premier et le dernier, et un groupe de tête toujours au coude-à-coude. «Depuis le début, c’est comme du Figaro Beneteau : on se marque à la culotte, on navigue au contact, c’est sympa et intense », se réjouit Xavier Macaire. Julien Villion insiste : « L’intensité est incroyable, et la sortie de la Manche n’a pas vraiment creusé d’écarts. Les compteurs sont toujours presque à zéro. » Cependant, la suite pourrait rebattre les cartes. Après le passage du Fastnet, un flux de sud-ouest au reaching devrait permettre à chacun d’accélérer nettement. Cette phase offrira un terrain propice aux foilers, qui pourraient creuser les premiers écarts significatifs face aux deux IMOCA à dérives droites, pour l’instant encore dans le match. « La vitesse sera primordiale jusqu’en Irlande, puis la stratégie reprendra toute son importance pour bien se placer avant la suite de la course », analyse Villion.
Deux sprints, deux victoires pour VULNERABLE
Enfin, à souligner la belle performance de Thomas Ruyant et de son équipage sur VULNERABLE, qui ont remporté le Sprint 2 – Trophée Mowi, disputé entre la pointe sud-ouest du DST Calais et Bishop Rock, ajoutant ainsi une deuxième victoire consécutive après celle obtenue sur le Sprint 1. Un signe de la belle dynamique de l’équipe nordiste, qui entend bien continuer de jouer les premiers rôles sur le reste de ce fantastique parcours autour des îles Britanniques. Avec un groupe encore extrêmement resserré et des conditions météo prêtes à évoluer, les prochaines heures s’annoncent décisives pour dessiner les contours de la hiérarchie avant la remontée vers le nord, où la cadence pourrait s’emballer et révéler les premières différences marquantes de cette Course des Caps – Boulogne-sur-Mer – Banque Populaire du Nord passionnante.

@Macif Santé Prévoyance / Guillaume Gatefait